Après un début d’année plutôt favorable, les investisseurs ont rapidement été plongés dans un régime d’incertitude marqué, devant composer simultanément avec d’importantes perturbations tant technologiques que géopolitiques. Ce contexte a entraîné une nette remontée de la volatilité sur l’ensemble des marchés financiers — actions, obligations, devises et matières premières —, même si les dommages observés demeurent, à ce stade, relativement limités au regard des solides gains enregistrés en 2025.
Si les avancées en intelligence artificielle ont soulevé des questions légitimes pour un certain nombre d’entreprises ayant historiquement bénéficié d’imposantes barrières à l’entrée, l’enjeu critique à l’heure actuelle demeure l’arrêt quasi total du transport maritime à la sortie du golfe Persique — de loin le goulot d’étranglement le plus déterminant pour les flux énergétiques mondiaux.
À première vue, les dernières données économiques demeuraient globalement alignées avec nos perspectives. La croissance des bénéfices des entreprises a largement surpris à la hausse, tandis que le marché du travail est resté résilient, avec un taux de chômage relativement stable, une inflation sans excès notable et des banques centrales toujours dépourvues de toute urgence de modifier leur politique monétaire. Toutefois, le choc généralisé actuellement observé sur les prix des matières premières modifie sensiblement les perspectives et surtout, l’équilibre des risques.
Plus précisément, si notre scénario de base continue d’anticiper une poursuite de la croissance économique — sous réserve qu’une reprise graduelle du transport maritime dans le golfe Persique s’amorce dans un horizon rapproché —, le risque d’un choc stagflationniste, aux conséquences plus lourdes pour la croissance mondiale, demeure néanmoins non négligeable.
Dans ce contexte, nous avons réduit le niveau de risque de notre stratégie de répartition d’actifs tactique au cours de la troisième semaine de mars, en ramenant l’allocation en actions à son point neutre, en contrepartie d’une augmentation de l’exposition aux obligations.
Sur le plan géographique, nous avons également baissé l’allocation aux actions canadiennes au cours du trimestre, cherchant à cristalliser des profits sur une position devenue de plus en plus sensible à un repli des prix de l’or — un scénario qui s’est effectivement matérialisé en mars.
Par ailleurs, nous maintenons une surpondération des marchés émergents au détriment des pays développés hors Amérique du Nord. Dans les deux cas, la dépendance aux importations d’énergie constitue un risque important pour la croissance. Toutefois, les valorisations plus attrayantes et les perspectives de croissance des bénéfices des marchés émergents représentent un avantage comparatif significatif par rapport à la région EAEO.
En somme, au‑delà des risques bien réels à court terme, il convient de rappeler que l’histoire offre un enseignement important quant aux effets des chocs géopolitiques sur les marchés boursiers. Dans la grande majorité des cas, les périodes de stress financier ont été suivies d’une reprise sur un horizon d’un an ou plus. Ainsi, si la situation actuelle doit être prise avec le plus grand sérieux, il demeure tout aussi essentiel d’éviter les décisions dictées par l’émotion et de rester fidèle à son horizon de placement — un horizon qui, pour la plupart des investisseurs, se mesure non pas en mois, mais en années.
