Bonjour tout le monde. Aujourd'hui, 12 juin, je vais rapidement revenir sur le contexte de marché, ce qui rassure, ce qui inquiète et ce qu'on va suivre dans les prochains mois.
Mais avant, permettez-moi de revenir trois mois en arrière, lors de l'enregistrement de la dernière capsule, qui était au tout début de ce qui semblait être l'une des plus importantes crises énergétiques de l'histoire moderne. À l'époque, il y avait essentiellement deux narratifs ambiants : soit on se dirigeait vers 200 $ le baril de pétrole, auquel cas il y aurait une récession mondiale, soit, à l'inverse., on aurait une résolution rapide qui permettrait aux prix de l'énergie de reculer. Or, ce qui s'est produit est ultimement quelque chose entre les deux : en l'absence de résolution formelle, les marchés du pétrole ont quand même réussi à trouver un certain équilibre grâce, entre autres, à l'usage plus important de certains pipelines, au fait que les blocus sont en partie perméables, bien que légers. Mais surtout grâce à l'usage très important des réserves stratégiques mondiales, ce qui, par définition, veut dire que cet équilibre est fragile et temporaire. Il faudra donc quand même voir très bientôt une reprise plus substantielle du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
Cela étant dit, ce qui est clair, c'est que dans tous les scénarios, les prix de l'énergie ne reviendront pas à leurs creux précédents, ne serait-ce qu'en raison du besoin de renflouer les réserves stratégiques de pétrole qui ont été utilisées dernièrement. Cela étant dit, la bonne nouvelle, c'est qu'on constate que cette hausse des prix de l'énergie n'est pas suffisante pour empêcher les marchés boursiers de renouer avec une tendance haussière, ce qui a effectivement été le cas au cours du deuxième trimestre. Non pas seulement à cause d'un quelconque espoir tourné vers l'avenir, mais vraiment en raison d'une croissance substantielle des profits, qui est en fait supérieure à la hausse des cours boursiers eux-mêmes depuis le début de l'année dans l'ensemble des régions boursières. Évidemment, cela s'explique en partie par des profits spectaculaires pour certains titres – les manufacturiers de semi-conducteurs, entre autres, dans les marchés émergents, certains ont un carnet de commandes qui déborde en ce moment.
Mais il y a quand même une résilience globale dans l'économie, si l'on se fie, par exemple, à l'indice de surprise économique aux États-Unis, qui est à son plus fort depuis 2024. C'est aussi une bonne nouvelle, mais cela soulève quand même des questions sur la trajectoire future de l'inflation, parce qu'on sait que l'inflation réagit à retardement à l'activité économique. On en a eu un exemple tout à fait extrême en 2021-2022. Cela n'a pas été le cas dans les deux dernières années, probablement parce que le marché de l'emploi, à cette période-là, était plus près d'un équilibre, et cela demeure encore le cas. C'est pourquoi, pour nous, une surchauffe est davantage un risque qu'une vue. Il faut quand même suivre cela de près.
Et ce que les marchés financiers vont suivre de près, très clairement, c'est ce que la Réserve fédérale américaine fera dans ce contexte. Pour la première fois en huit ans, on fera face à un nouveau président de la Réserve fédérale, M. Warsh. Il y a trois mois, les marchés se disaient qu'il pourrait probablement baisser les taux d'intérêt. Mais dernièrement, ce sont plutôt des hausses de taux d'intérêt qui sont escomptées par les marchés. Ce qui, en soi, ne serait pas nécessairement catastrophique dans la mesure où on parlerait quand même d'une politique monétaire largement située dans une fourchette neutre, ce qui est mieux qu'une politique trop accommodante peut-être qui, ultimement, ne créerait que de plus gros problèmes d'inflation. Mais si, éventuellement, on se met à parler de politique restrictive – ce n'est pas le cas –, mais si cela le devient, ce serait une raison d'être un peu plus inquiet, probablement avec plus de volatilité sur les marchés. C'est pourquoi le discours de M. Warsh sera très pertinent à suivre dans les prochains mois.
Pour résumer les choses, encore une fois, le pire a été évité et devrait continuer de l'être, même si on ne s'attend pas du tout à un retour à une stabilité parfaite dans le golfe Persique. Il faudra donc continuer de suivre l'évolution de l'inflation, qui ne semble visiblement pas se diriger vers un retour à la cible de 2 %, que l'on n'a pas vue depuis un peu plus de cinq ans maintenant. Il faudra donc voir comment M. Warsh naviguera tout cela. Mais, dans l'ensemble, on ne s'attend pas à un changement drastique dans les tendances de marché, qui sont visiblement favorables aux marchés boursiers. Il faut toutefois rester vigilant, parce que la réalité, c'est que l'éventail des risques et de l'incertitude demeurent encore exceptionnellement larges.
C'est tout pour aujourd'hui. Merci d'avoir été à l'écoute. On se reparle en septembre. D'ici là, bon été à tout le monde.