Martin Lefebvre
Bonjour à tous et à toutes. Bienvenue et merci d’écouter cette émission en balado de BNI. Aujourd’hui, nous parlerons des tendances sur le créneau des actifs réels. Et pour cela, j’ai à mes côtés Noah Hauser, chef des investissements en infrastructures et gestionnaire de portefeuille chez Nuveen Asset Management. Bienvenue, Noah.
Noah Hauser
Merci de me recevoir. Très heureux d’être là.
Martin Lefebvre
Il y a de nombreuses tendances dont nous pourrions parler aujourd’hui, mais les infrastructures et la demande d’IA sont sur toutes les lèvres. Comment voyez-vous les infrastructures comme élément fondamental dans ce contexte, particulièrement au vu de l’explosion de la demande d’électricité?
Noah Hauser
Vous parlez de l’un des débouchés les plus intéressants concernant les infrastructures. Moi qui ai passé 20 ans dans ce secteur, jamais je n’ai rien vu de tel. Ce qui me rassure dans ce qui se passe et qui fonde ma conviction concernant la catégorie d’actifs dans son ensemble, c’est que, rien qu’à voir Nvidia, on sait que la société devra vendre d’énormes quantités de puces pour justifier sa valorisation.
Nous allons bâtir un nombre phénoménal de centres de données en Amérique du Nord et dans le monde entier. Si tous ces centres de données sont construits, ils tourneront 24 h par jour, sept jours sur sept. Nous devrons aménager beaucoup de centrales électriques pour les alimenter. Évidemment, les énergies renouvelables, l’éolien, le solaire et les batteries continueront de jouer un rôle très important. Il est reconnu et compris dans tout le spectre que le besoin est tel qu’il faudra une mobilisation générale pour satisfaire les nouveaux besoins d’alimentation. Et nous sommes en mesure d’investir dans les centres de données. Nous sommes en mesure d’investir dans les sociétés qui construisent des centrales électriques. Nous sommes en mesure d’investir dans les sociétés de transport et de distribution de l’énergie nécessaire pour ces nouvelles installations. Et si nous construisons beaucoup de centrales au gaz, il faudra des gazoducs. Nous sommes en mesure d’investir aussi dans les pipelines tout en faisant ressortir les parties de cette chaîne qui offrent le meilleur rendement corrigé du risque et le plus grand potentiel d’expansion.
Martin Lefebvre
Vous avez mentionné le gaz. J’imagine que la vitesse d’accès au marché est importante dans tout cela. Les panneaux solaires ou même les centrales hydrauliques ne font pas partie de l’équation, et surtout pas les centrales nucléaires. Pensez-vous qu’il faudra multiplier les centrales au gaz pour répondre à cet énorme bond de la demande?
Noah Hauser
Je répondrai à cette question en deux parties. Vous avez absolument raison. Nous entrevoyons un facteur de différenciation entre les régions, et les territoires gagnants dans cet environnement sont ceux qui peuvent implanter et construire des centrales plus facilement que d’autres. Certaines parties des États-Unis sont nettement plus gagnantes que d’autres. Ainsi, le nord de la Louisiane devient un grand pôle de construction de centres de données. Le nord de l’Indiana aussi. Comme ces régions partent de beaucoup plus bas, on obtient un effet de levier énorme. Leurs entreprises connaîtront une inflexion et une expansion. C’est quelque chose d’assez unique, en fin de compte.
Martin Lefebvre
Chaque fois que nous parlons des centres de données et des hyper sociétés (hyperscalers), l’investissement en immobilisations est énorme. Il faut beaucoup de moyens. Pensez-vous que l’échelle de grandeur importe aussi pour les infrastructures? Comment ces entreprises se rentabiliseront-elles à court terme? Quelle est la valeur ajoutée?
Noah Hauser
Je reviens à mon argument de départ : nous commençons à voir se dégager des secteurs qui sont nettement gagnants. Et je suis convaincu que les gagnants continueront de gagner. Je dis cela au moment où nous traversons le processus de la première vague de dépenses. Nous avons récemment obtenu des mises à jour à l’occasion des conférences sur les résultats trimestriels de toutes ces hyper sociétés. Elles ont eu maintes fois l’occasion de calmer les attentes, de marquer une pause, de ralentir leurs dépenses. Or, elles ont fait l’exact opposé. Elles accélèrent l’investissement. Elles prévoient de dépenser plus l’an prochain. Alors qu’il y a souvent eu des gens pour les dénigrer, ces sociétés ne reculent pas. Et ce que j’apprécie dans le positionnement des infrastructures dans ce contexte, c’est qu’il importe peu de savoir quelles puces font tourner le centre. Cela m’est égal. Ce qui importe pour ma thèse et fonde ma conviction, c’est que tant qu’on plantera de l’acier dans la terre, mes sociétés vont devoir construire. Et cela créera de la valeur à long terme sous forme d’augmentation des taux de croissance des bénéfices et des flux de trésorerie.
Martin Lefebvre
Revenons au problème de l’énergie et de certaines sources. Nous avons parlé de gaz. Si la demande d’énergie explose au point qu’elle est mauvaise pour l’environnement et si nous ne voulons pas retourner aux centrales au charbon par exemple, y a-t-il de nouvelles sources d’énergie renouvelable pour lesquelles vous entrevoyez un grand potentiel? Quelle est votre opinion?
Noah Hauser
Pour le moment, et en accord avec mon approche du point de vue de la philosophie de l’investissement dans les infrastructures, par nature, nous privilégierons la technologie qui a fait ses preuves. Cela dit, soyons clairs : il se produit beaucoup de choses passionnantes actuellement, par exemple les petits réacteurs nucléaires modulaires. Mais ces solutions en sont encore à leurs balbutiements. Le Canada a réellement été à la pointe dans ce domaine également. Mais je ne vois pas les petits réacteurs modulaires apporter une contribution importante avant le début de la prochaine décennie, entre 2032 et 2035. À ce moment-là, ils pourraient être réellement importants, mais c’est encore loin pour nous.
Martin Lefebvre
Que dire de l’IA dans son ensemble? Comment l’infrastructure joue-t-elle un rôle dans tout cela, en dehors de la question de l’énergie?
Noah Hauser
Elle sera incroyablement puissante. En fait, la chose la plus puissante dans la catégorie d’actifs actuellement. Nous avons parlé de la manière dont cela se manifeste comme une occasion d’investissement en expansion. Mais surtout, cela contribuera à l’accessibilité financière. Or s’il est un risque qui me préoccupe, c’est celui de l’accessibilité financière. Nous allons investir tant que les factures augmentent trop vite, au point de devenir un frein à l’investissement additionnel. Ce qui me rassure à ce sujet et ce que nous avons fait de manière proactive, c’est que nous nous sommes concentrés sur les régions en croissance et celles dotées d’une réglementation cohérente. Dans ce portefeuille, vous ne trouverez pas beaucoup d’exposition à l’État de New York, à l’Illinois, à la Californie. Toutes ces régions ont fait l’objet de plus d’interventions, d’une exagération de l’action gouvernementale. Nous nous concentrons donc sur les territoires qui ont une réglementation cohérente et offrent un traitement équitable.
L’autre chose qui va de pair avec cela, c’est que, à mesure que la demande croît, ce sont des sociétés qui ont un effet très puissant et positif du point de vue des coûts pour le consommateur. Il est souhaitable de se trouver là où il y a plus d’investissement, plus de croissance à terme, parce que cela permet de répartir ces coûts avec un plus grand dénominateur. Cela a un effet modérateur général sur les taux de croissance comparativement à ce qu’on verrait autrement. Et cela me rassure parce que nous avons pris des mesures pour mettre dans ce portefeuille des positions dans lesquelles les sociétés profitent vraiment de cette croissance de la demande qui a eu des effets vraiment importants du point de vue de l’abordabilité.
Nous en sommes au tout début de la mise en application par ces sociétés de l’IA du point de vue de leurs propres structures de coûts. L’espace des infrastructures d’énergie et de services publics est riche en occasions à saisir. Et en bout de compte, les coûts sont répercutés dans la mesure où ces sociétés réussissent à mieux gérer les charges d’exploitation et de gestion. Avec l’IA, cela se fera de manière très avantageuse pour bon nombre de nos sociétés.
Martin Lefebvre
Pour en revenir à notre sujet principal, les tendances dans les actifs réels, diriez-vous que le poids des centres de données et des services publics a fortement augmenté ces deux dernières années? Comment exploitez-vous cela? Comment diversifiez-vous votre portefeuille pour en profiter?
Noah Hauser
C’est absolument ce que j’ai fait avec ce portefeuille. Nous détenons maintenant plus de sociétés de services publics que jamais dans ma carrière. Et cela reflète une croissance séculaire de ce qui est véritablement une occasion d’investissement générationnelle. Ce que nous vivons maintenant, c’est la plus grande période d’investissement depuis les climatiseurs. Je vous laisse y penser une seconde pour en saisir l’importance. Nous sommes au cœur d’une énorme évolution et nous n’en sommes qu’au début. C’est incroyablement important et c’est quelque chose qui m’excite beaucoup en ce moment. Cela dit, il y a actuellement beaucoup de scepticisme sur les marchés. Il y a de l’incertitude. Il y a de l’incertitude concernant la trajectoire de l’économie mondiale et ce qui va finir par arriver. C’est un environnement dans lequel les infrastructures peuvent prospérer. J’ai pris des mesures pour faire évoluer ce portefeuille dans une direction où il y a de la résilience, ce qui est le propre des infrastructures et des actifs réels tout en maintenant nos positions jouissant d’une plus grande inflexion ou visibilité de la croissance future comparativement à d’autres débouchés.
Martin Lefebvre
Vous avez mentionné un contexte qui est assez positif et, évidemment, il se produit actuellement beaucoup de déréglementation aux États-Unis, des environnements plus favorables, certainement plus favorables à la croissance de la part de l’administration Trump. Quels sont les principaux risques à votre avis? Vous avez mentionné Nvidia, pour ne pas les citer à nouveau, mais il y a des multiples élevés partout. Quels sont les risques que ce marché en effervescence prenne fin en 2026? Quel serait l’impact sur votre portefeuille?
Noah Hauser
Ce que vous soulignez maintenant est une des principales raisons pour lesquelles je trouve le contexte de la catégorie d’actifs si intéressant. Une des rares choses en lesquelles je peux avoir confiance actuellement, c’est que les valorisations sont élevées et qu’il y a une sorte de prudence des investisseurs à l’égard du marché en général, juste à cause des valorisations.
Un des atouts des infrastructures est la résilience, leur protection contre une baisse. Cela découle des bénéfices et flux de trésorerie régis par des contrats à long terme, très réglementés et visibles. Dans la mesure où un investisseur a des hésitations au sujet des valorisations du marché plus large et se demande si les marchés boursiers peuvent tenir après une période vraiment très vigoureuse. C’est là que les infrastructures peuvent s’épanouir. Parce que beaucoup de nos secteurs sont encore très attrayants par rapport au marché, si on considère les multiples historiques. Résultat, c’est ce qui renforce encore ma conviction et pourquoi le moment est si propice actuellement pour les infrastructures.
Nous n’avons pas encore parlé d’inflation, mais c’est un sujet qui refait les manchettes. C’est quelque chose qui retient l’attention, qui retardera de nouvelles réductions des taux d’intérêt en raison des préoccupations qu’elle suscite. Les infrastructures sont une excellente catégorie d’actifs dans des contextes plus inflationnistes, et ce sont directement des secteurs dans lesquels nous investissons. Quels sont les secteurs qui excellent dans un contexte plus inflationniste? Les pipelines sont fantastiques. Ce à quoi on pense habituellement moins : les sociétés de gestion des déchets. Incroyablement efficaces pour répercuter les augmentations inflationnistes, protéger les marges, et même augmenter les marges dans ce contexte. C’est juste un argument de plus expliquant pourquoi les infrastructures peuvent être un investissement sur tout le cycle, et pourquoi je pense qu’actuellement le moment est propice.
Martin Lefebvre
C’est sage sur le plan sectoriel ou s’utilise plus comme une couverture. Les opérations ciblant l’IA sont plus tournées vers les États-Unis. Y a-t-il des parties des États-Unis plus pertinentes? Géographiquement parlant, y a-t-il des occasions à saisir en dehors des États-Unis?
Noah Hauser
Actuellement, l’avantage de la précocité et les meilleures occasions sont aux États-Unis. La valeur qu’il y a à travailler avec quelqu’un qui est un gestionnaire mondial expérimenté est que nous savons tous que tout se fait par cycles. Le cycle peut commencer aux États-Unis et ensuite migrer vers l’Europe du Sud et remonter. Il y a des tendances dans ce sens ultimement. Et alors que les États-Unis sont certainement la région où l’investissement est le plus élevé actuellement, quand nous nous reparlerons l’an prochain et l’année d’après, je pense que nous continuerons de voir croître les débouchés ailleurs à l’étranger. C’est juste que, actuellement, l’essentiel de l’attention porte sur les États-Unis.
Martin Lefebvre
À la dernière réunion du FOMC (Federal Open Market Committee), le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, n’était pas très rassurant disant qu’une réduction des taux en décembre n’était pas acquise d’avance. Mais les marchés s’attendent à de nouvelles baisses des taux d’intérêt au début de 2026. Quel est votre point de vue à ce sujet? Et comment une baisse des taux d’intérêt affecte-t-elle les infrastructures ou les actifs réels?
Noah Hauser
Très positivement. En raison de la nature des flux de trésorerie que génèrent nos sociétés, avec leurs contrats à long terme très visibles, la baisse des taux d’escompte est très puissante et très importante du point de vue de la proposition de valeur globale. C’est absolument quelque chose qui influencerait positivement les valorisations des sociétés dans lesquelles j’investis actuellement.
Martin Lefebvre
Nous sommes parvenus à la fin de cet entretien. Merci beaucoup d’avoir partagé avec nous vos réflexions sur les actifs réels. Merci de votre participation.
Noah Hauser
Merci infiniment de l’invitation. J’ai apprécié.
Martin Lefebvre
Et pour tous nos auditeurs et auditrices, merci d’avoir écouté cette émission en balado de BNI. À bientôt. Merci.